Histoire de la savate boxe française

Vers la fin du 18ème siècle les marins français et génois utilisent une méthode de combat aux pieds pendant les heures de calme, posant au sol une main pour assurer leur équilibre lorsqu’ils frappent en ligne haute.

brevet de boxe et de chausson

 1797    Une méthode de combat aux pieds est attestée par Vidocq (1775-1857), qui la découvre lors de son passage au bagne de Brest

 Vers le début du 19ème siècle on observe dans le midi de la France une méthode de combat utilisant exclusivement les pieds: c’est le «chausson marseillais» sans doute transmis par les marins de passage.

bleu a la savate

Dans le Nord de la France se développe à la même époque une méthode similaire dans laquelle s’ajoutent aux coups de pieds quelques coups portés avec la main ouverte (les baffes): c’est la «savate».

 1820   Michel Casseux (1794-1869) ouvre à la Courtille à Paris la première salle de «Savate parisienne», où l’on pratique également la canne* et le bâton.

«Il devint si populaire que tous se précipitaient à ses cours, prolétaires comme bourgeois » (Milord l’Arsouille)

Théophile Gautier fréquente sa salle et s’enthousiasme pour la pratique de la savate.

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canne de combat

 * La canne est une discipline historiquement liée à la savate ainsi qu’à l’escrime car elles s’enseignaient dans les mêmes salles d’armes. C’est pour cette raison que les pratiquant de boxe française ne se nomment pas des boxeurs mais des tireurs, comme en escrime.

 1830-1832   Suite à une rude défaite face au boxeur anglais Owen Swift, Charles Lecour (1808-1894), élève de Michel Casseux, décide d’étudier le «Boxing londonien» chez un champion de boxe anglaise installé à Paris afin d’améliorer sa technique de poings. La savate utilisait alors les poings et les bras essentiellement pour parer et s’équilibrer lors des coups de pieds hauts.

Charles Lecour enrichit alors la savate des techniques de poings issues de la boxe anglaise pour créer un véritable art de combat pieds-poings : la «savate boxe française». Il ouvre la première salle de boxe française passage des Panoramas à Montmartre. Cette méthode devient rapidement très populaire, surtout comme moyen de défense ; des salles ouvrent en nombre. De remarquables tireurs marquent cette époque.

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 1843   Publication d’une « Théorie pratique de l’art de la savate et de la canne » par un élève de Michel Casseux resté anonyme.

 1852   Le prince Louis Napoléon Bonaparte crée l’école de Joinville où l’on enseigne la savate boxe française et la canne.

école de joinville assaut boxe française

1854    Louis Vigneron (1827-1871) crée la sensation en battant le Britannique Dickson lors de la première confrontation boxe française/boxe anglaise, et ouvre une salle rue de la Michodière à Paris.

 1856-1860   A la demande de l’Impératrice Eugénie, un décret d’état interdit la pratique des sports de combat, jugés trop violents. La savate boxe française se transforme en exercice gymnique qui prend le nom d’«Adresse française», variante dans laquelle on peut reconnaître l’ancêtre de la savate forme, qui utilise les mouvements de la savate sans opposition. Le décret d’interdiction est abrogé en 1860.

 1871-1878   Fuyant la répression contre les Communards, Joseph Charlemont (1839-1918), élève de Louis Vigneron, s’exile en Belgique. Il fonde les écoles de Bruxelles et de Liège.

 C’est Joseph Charlemont qui codifie pour la première fois les mouvements, les coups et les attitudes de la boxe française. Son traité, « La boxe française : traité théorique et pratique » est publié en 1878 (la dernière réédition date de 2008) et constitue la base de la boxe française moderne.

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 1879   Amnistié, Joseph Charlemont rentre à Paris et y forme de nombreux élèves, dont son propre fils Charles Charlemont (1862-1944), et Victor Castères (1866-1930)

 1887   Charlemont père et fils créent «l’Académie de savate boxe française » au 24 rue des Martyrs à Paris, salle qui fonctionnera jusqu’à la mort de Charles en 1944.

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salle Charlemont rue des Martyrs

 1896   Castères gagne un combat en Angleterre contre le cham­pion de l’époque Wilson, combat arbitré par le Marquis de Queensburry en personne, auteur de la codification des règles de la boxe anglaise.

 1899   En octobre au gymnase de la rue Pergolèse à Paris se déroule une nouvelle confrontation boxe française/boxe anglaise que la presse qualifiera de « combat du siècle » : chaque boxeur combattant selon les règles de son sport, Charles Charlemont bat le champion anglais Jerry Driscoll en le mettant hors combat d’un coup de pied à la 7ème reprise, coup dont la régularité est contestée immédiatement par les Britanniques. Qu’importe: Charlemont assure la renommée de la boxe française, qui passe pour être plus efficace que la boxe anglaise… 

1900-1913   La Grande Époque . Développement de la boxe française en Europe et premier championnat du monde : Charlemont bat Castères à la salle Wagram à Paris. Création de la Fédération Française des Sociétés de Boxe à laquelle adhèrent la boxe française et la boxe anglaise.

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1902 – Charlemont et Castérès salle Wagram

 1907   Georges Carpentier devient champion de France junior de boxe française, avant de se tourner vers la boxe anglaise pour y faire la carrière que l’on connaît.

1914-1918   Alors que la boxe anglaise évolue vers la professionnalisation et passionne les foules, notamment aux Etats-Unis, la boxe française entame son déclin. La FFSB devient la FFB (Fédération Française de Boxe) au sein de laquelle la boxe française n’est plus représentée que par une commission. De nombreux enseignants de boxe française ont été tués ou blessés dans les tranchées et le nombre de salles en activité se réduit.

1922  Le Comte Pierre Baruzy (1897-1994), ancien élève de Charlemont, devient champion de France des poids moyens, titre qu’il défendra et conservera 11 fois.

1924  La savate boxe française est sport de démonstration aux Jeux Olympiques de Paris avec le comte Pierre Baruzy.

1930   Pierre Baruzy devient président de la commission de boxe française dont le siège est désormais à l’académie Charlemont rue des Martyrs. La savate boxe française est alors en plein déclin, et ne compte plus que quelques salles en France accueillant 500 pratiquants environ.

1937  Dernier championnat de France. Baruzy y obtient le titre de champion toutes catégories en battant des tireurs mi-lourds et lourds.

1939-1945   La savate boxe française ne doit sa survie qu’à une poignée d’hommes, dont le comte Baruzy, inlassable porteur du flambeau, qui va reconstituer une commission de boxe française au sein de la FFB dès la Libération en 1944. Pendant 20 ans la boxe française va se pratiquer dans la confidentialité.

1965   C’est l’année qui marque la renaissance de la boxe française. Sous l’impulsion de quelques passionnés de la nouvelle génération, dont Jean Dionnot, Richard Génaudeau, Marc Kunstle, Sylvain Salvini, Claude Simonot et Bernard Plasait, un « Comité National de Boxe française » voit le jour le 5 janvier avec pour président fondateur Pierre Baruzy, président d’honneur Georges Carpentier et président exécutif Lucien Alliot. En décembre le CNBF est accueillie en qualité de discipline associée au sein de la fédération française de judo (FFJDA)

CNBF

1966   Lancement de la savate boxe française dans le milieu universitaire et scolaire, avec la promotion de la boxe française comme boxe éducative. Des salles commencent à rouvrir avec des jeunes pratiquants. Les premiers championnats de France sont organisés, 30 ans après ceux de 1937.

1969   Une douzaine de clubs recensés, pour 800 licenciés.

1970  Premiers championnats d’Europe à la salle de la Mutualité à Paris.

1971   Bernard Plasait publie « Défense et illustration de la boxe française« , un ouvrage très complet qui reste une référence.

«La boxe française est un effort esthétique. Elle est rigueur, harmonie, dépouillement.»

défense et illustration de la boxe française

1973   Le CNBF devient Fédération Nationale de Boxe Française et prend son indépendance. Suite à l’assemblée générale du 8 mai, survient une scission entre partisans d’une boxe française « académique » et partisans d’une boxe française « combative » : certains dirigeants et pratiquants quittent la FNBF et fondent la Fédération Nationale de Savate Boxe française.

1975  125 clubs et 3500 licenciés en France.

1976  La FNBF devient la Fédération Française de Boxe Française Savate et Disciplines Associées.

1978   Réunification des deux fédérations au sein de la FFBFS & DA

Années 80   Premier championnat de France à Coubertin. Premier championnat de France féminin. Création de la Fédération internationale. La France compte plus de 20 000 licenciés. Championnat d’Europe à Bercy en 1988 et premier championnat du monde l’année suivante.

1994   Création du centre national de formation au CREPS de Toulouse

1996   Développement du projet recherche « Savate forme »

2000   L’appellation de «savate» reprend l’avantage sur celle de «boxe française»: la Fédération prend le nom de Fédération Française de Savate Boxe Française & Disciplines Associées.

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Les disciplines associées à la Savate Boxe Française sont la Canne de combat, la Savate forme et la Savate Bâton défense.

 

La Fédération française compte aujourd’hui 728 clubs et 45 900 licenciés, dont plus d’un tiers de femmes (35%)*

* A titre de comparaison, la boxe anglaise comptait en 18,5% de licenciées en 2011.

La Fédération internationale de savate et la Confédération européenne de savate regroupent les fédérations de plus de 25 pays, en Europe, en Afrique du Nord, en Amérique du Nord et en Asie.